Quelle soirée extra­or­di­naire que celle du ven­dredi 8 octo­bre, pre­mier rendez-vous de notre nou­velle sai­son d’observation. Une fois n’est pas cou­tume, les prévi­sions météo étaient très opti­mistes : dès le matin, nous savions en effet qu’un ciel totale­ment dégagé nous attendait… merci Fabian ! Nous don­nons donc rendez-vous à tous les curieux et pas­sion­nés du ciel dans les cam­pagnes envi­ron­nant l’abbaye de Bonne-Espérance pour la pre­mière Noc­turne d’automne.

Au pro­gramme : décou­verte des con­stel­la­tions, obser­va­tion du ciel pro­fond et des planètes Jupiter et Uranus, repérage de la comète Hart­ley 2, le tout sur fond d’étoiles filantes des Dra­conides… Le pro­gramme est alléchant.

Joël, Gau­thier, Pier­res 2 et 3, Christophe et les autres sont sur le ter­rain dès 20h30. Le ciel d’été n’a pas encore dit son dernier mot, même si Pégase et Andromède mon­tent de plus en plus en puis­sance. La Voie lac­tée est encore facile­ment vis­i­ble. Quant à Jupiter, il resplen­dit de mille feux, à quelques jours de sa remar­quable opposition.

Pre­mière cible, la comète Hart­ley 2, très faible­ment vis­i­ble aux instru­ments près du Dou­ble Amas de Per­sée. Les vicis­si­tudes de sa tra­jec­toire ont amené cette comète à revenir, depuis 1991 seule­ment, nous voir tous les six ans env­i­ron. Dans les prochains jours, elle devrait nous « frôler » à seule­ment 0,12 ua ! Cer­tains médias spé­cial­isés annon­cent que cette vis­i­teuse devrait être vis­i­ble à l’œil nu : nous sommes bien loin du compte, surtout depuis notre région très affec­tée par la pol­lu­tion lumineuse. Cette petite comète devrait d’ailleurs être sur­volée par la sonde EPOXI (anci­enne Deep Impact) début novem­bre 2010.

Les par­tic­i­pants com­men­cent tout douce­ment à arriver. Cer­tains vien­nent de Basè­cles, d’autres de Boussu ou encore de Brux­elles. Mais dès leur arrivée, impos­si­ble de voir la comète ! Et pour cause, si la tem­péra­ture est encore rel­a­tive­ment agréable, l’humidité impor­tante favorise la for­ma­tion de buées sur les objec­tifs… Pen­dant quelques instants, nous craignons d’ailleurs que la soirée ne tourne en eau de boudin. Heureuse­ment, un peu plus tard, un petit vent sal­va­teur se lève : les prob­lèmes de buée dis­parais­sent, et les choses sérieuses peu­vent enfin commencer !

Com­mence alors un petit tour guidé des grands clas­siques — on ne s’en lasse jamais : les Pléi­ades et le Dou­ble amas de Per­sée pour les amas ouverts, suivi de M13 dans Her­cule pour les amas glob­u­laires, M57, la Blink Neb­ula dans le Cygne, la Boule de Neige bleue dans Andromède pour les nébuleuses plané­taires, M31 et ses satel­lites M32 et M110 pour les galax­ies (sans par­ler de la Voie lac­tée), Albiréo comme étoile dou­ble. Le pro­gramme est déjà chargé. Nous pas­sons des jumelles 25 * 100 aux Dob­sons de 200 et 250, en pas­sant par les C8, Meade 10 ACF, etc.

Petit inter­lude avec la très belle obser­va­tion d’Uranus, dont le disque claire­ment bleuté est facile­ment vis­i­ble. Uranus n’est actuelle­ment pas très éloignée, en apparence du moins, de Jupiter : Terre, Jupiter et Uranus sont rel­a­tive­ment alignées ces semaines-ci !

L’atmosphère est très agréable, c’est un peu la fête, et tou­jours aucun nuage à l’horizon… Cela nous change de la cat­a­strophique sai­son 2009–2010 des Noc­turnes ! Au-delà de minuit, le moment est venu de partager le choco­lat entre les obser­va­teurs les plus acharnés. Et c’est là que s’ouvre une véri­ta­ble et intense chasse aux objets extrater­restres. Avec le Night Sky Observer’s Guide comme ouvrage de référence, Pierre 3 comme pis­teur hors pair, Joël, Olivier et Christophe aux com­man­des des instru­ments robo­t­isés, la mois­son s’avère très riche !

L’idée est d’explorer cette immense région rel­a­tive­ment som­bre, pau­vre en étoiles bril­lantes, qui se trouve sous les con­stel­la­tions de Pégase et Andromède : le Verseau, les Pois­sons, la Baleine et le Bélier ne sont pas vrai­ment des con­stel­la­tions très con­nues… Notez que la Baleine est assez facile à repérer, avec son allure car­ac­téris­tique d’immense mon­stre céleste.

Nous jetons notre dévolu sur l’amas glob­u­laire M2 dans le verseau, assez joli, qui mon­tre déjà cer­taines de ses étoiles indi­vidu­elles au T200. Nous nous délec­tons de la superbe étoile dou­ble 55 Pis­cium : un véri­ta­ble joyau con­sti­tué de deux étoiles ser­rées, dont la plus bril­lante est orange, et la plus faible bleutée. Un peu moins spec­tac­u­laire mais jolie tout de même 51 Piscium.

Pen­dant ce temps, notre ami Pierre 3 nav­igue dans des champs stel­laires peu défrichés incon­nus de la plu­part d’entre nous : il nous fait ainsi décou­vrir l’étonnante et belle nébuleuse plané­taire NGC7008, totale­ment atyp­ique, aussi appelée Nébuleuse du Fœtus, située elle-même dans la con­stel­la­tion du Cygne, à l’avant plan de la nébuleuse som­bre Le Gen­til 3. Cette dernière appel­la­tion, trou­blante, nous incite à aller far­fouiller dans les livres anciens pour y voir plus clair… à suivre ! Merci Pierre pour ce beau cadeau !

L’étoile la plus bril­lante de la Baleine, Menkar, est aussi un sys­tème dou­ble, com­posé de deux soleils, un orange et un bleu, non liés physique­ment, cible idéale pour les jumelles ou les petits instru­ments. Nous nous cas­sons par con­tre les dents sur l’étoile Gamma Ceti, sys­tème triple dont les deux com­posantes les plus ser­rées ne sont espacées que de 2,8 sec­on­des d’arc. Elle est certes facile à repérer et à pointer, mais la tur­bu­lence ne nous per­met pas de résoudre avec cer­ti­tude le cou­ple. Pour­tant, peu de temps aupar­a­vant, nous étions par­venus à résoudre le sys­tème dou­ble de Delta Cygni, séparé de seule­ment 2,5 sec­on­des d’arc. Peut-être le vent était-il moins fort, l’étoile était-elle plus haute, etc. Petit coup d’œil à la très belle et con­nue Gamma Arietis…

L’envie de repar­tir vers les galax­ies loin­taines nous reprend subite­ment. Après la Galaxie du Tri­an­gle M33 observée aux jumelles, nous nous attaquons à NGC891 dans Andromède, assez faible, ensuite NGC7331 dans Pégase, suivie du dou­blet com­posé de NGC7332 et de la moins lumineuse NGC7339.

Pierre 3 nous invite à regarder au tra­vers de la Baleine pour admirer la bien con­trastée galaxie M77. Nous ten­tons de pointer la nébuleuse plané­taire NGC246 avec le C8 robo­t­isé du Cer­cle, mais pas de chance, un arbre mal placé en décide autrement !

Nous avons éprou­vons beau­coup de dif­fi­cultés à nous arrêter, tant ces obser­va­tions sont stim­u­lantes et enivrantes. Mais toutes les bonnes choses ont une fin. Alors, avant de replier le matériel (il est près de 2h30 !), nous ren­dons vis­ite à deux de nos étoiles mul­ti­ples préférées : les superbes triple iota et dou­ble eta dans Cassiopée.

Cette pre­mière Noc­turne a donc été une véri­ta­ble réus­site, un pur délice… Nous ne deman­dons qu’une chose : remet­tre cela dès que pos­si­ble ! C’est lors de ce genre de soirées que l’on se rap­pelle à quel point admirer le paysage céleste que la Terre nous offre la nuit est divin.

Cliquez sur les images pour les agrandir


Dou­ble Amas de Per­sée & Comète 103P/Hartley2 (Canon 300D+Sigma 300mm, 60min 400iso)


Comète 103P/Hartley2 (Canon 300D+Celestron 8, 15min 1600iso)

Video : Déplace­ment en 1 heure de la Comète 103P/Hartley2


Noc­turne 08.10.2010 ambiance (merci Gauthier)

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